Ismaïl Hakki Musa, ambassadeur de Turquie et homme de dialogue

Si l’ambassadeur de Turquie en France aime dialoguer, il n’en continue pas moins de se répandre en propos négationnistes dans la presse.

Le propre-sur-lui Musa et le sémillant Marilossian

C’est bien à son corps défendant que Jacques Marilossian, frétillant nouveau député de la République en Marche, a déclenché un scandale dans les milieux arméniens de France. Sans doute emporté dans son élan, le député novice n’a rien trouvé de mieux que d’aller – ce 29 octobre – célébrer les 95 ans de la République de Turquie et surtout de s’afficher – façon Voici / Images du Monde – avec le sympathique ambassadeur de Turquie Ismaïl Hakki Musa. Mais qu’allait-il faire dans cette galère ?

Après avoir tenté de justifier l’injustifiable, ce pauvre Marilossian nous a offert le triste spectacle d’un « retraite stratégique » sous forme de rétropédalage à grande vitesse et lettre d’excuses appuyée.  Trop tard : il n’en fallait vraiment pas plus que pour les organisations antiracistes arméniennes demandent à grand fracas la démission de Marilossian de la présidence du groupe d’amitié France-Arménie de l’Assemblée nationale.

Trop tard, trop tard donc…. Et surtout bien fait ! Parce que les grosses ficelles de la macronie finissaient par être vraiment trop visibles. Prenez un député d’origine vaguement arménienne ; bombardez-le président du groupe  d’amitié France-Arménie ; liez-le bien en en faisant également un membre du groupe d’amitié France-Turquie et France-Azerbaïdjan ; et envoyez-le dans un mission-suicide que le bon soldat acceptera sans ciller, histoire de tester ces braves Arméniens sur la question du génocide. A trop jouer le « en même temps », le sardonique Macron a gagné en se mettant tout le monde à dos et il ne lui reste sans doute plus guère qu’à ne pas sauver le soldat Marilossian.

Mais je voudrais ici revenir sur la personne particulièrement affable de l’ambassadeur Musa avec lesquel Marilossian prétendait « engager le dialogue ». Un homme de paix, vraiment ; et un perdreau de l’année en plus. Car Ismaïl Hakki Musa n’est ni plus ni moins que l’ancien numéro deux du MIT, les services secrets turcs. Et c’est effectivement un homme de dialogue, qu’on en juge : quand il a fallu trouver langue avec les djihadistes de Syrie pour leur fournir des armes, rapporte la journaliste Ariane Bonzon, « cet adjoint, l’homme de confiance d’Hakan Fidan [le patron du MIT], celui qui a porté la responsabilité de mener à bien cette opération secrète, n’est autre qu’Ismaïl Hakki Musa ».

Et c’est encore Musa qu’on trouve à la manœuvre quand il s’agit de justifier le meurtre des trois militantes kurdes à Paris ou lorsqu’il faut expliquer dans le poste qu’en Syrie – tout bien pesé – les YPG kurdes sont finalement aussi bons à exterminer que les terroristes de Daech.

Un homme de dialogue vous dit-on. Et d’ailleurs, ce petit papier me paraît l’endroit idéal pour porter à la connaissance du public la dernière facétie de Musa qui  – comme on le sait – est un prophète hors de son pays. Le 19 octobre dernier, soit dix jours seulement avant les benoîtes avances de Marilossian, Ismaïl Hakki Musa envoyait un petit courrier au Monde, histoire de faire part de ses vues et de celles de son gouverment sur l’article dithyrambique consacré par le quotidien vespéral à Taner Akçam, l’historien qui a récemment établi la véracité des télégrammes Andonian.

Afin de ne pas leur faire de publicité, j’ai flouté la classique et néanmoins fatigante argumentation négationniste reprise par l’ambassadeur qui, comme il l’affirme lui-même, constitue une « proposition de son gouvernement qui permettrait de faire avancer le débat » (vers la poubelle ?)

Et notre homme de dialogue en appelle Le Monde au « sens de l’objectivité » et de la « courtoisie » pour que l’on fasse droit à l’avocat des criminels jeunes-turcs qu’il est de salir la mémoire de leurs victimes.  Le reste est à l’avenant : Commission d’historiens, doutes jetés sur la personne de Naïm Efendi, réfutations de l’originalité et de la véracité des télégrammes Andonian, etc… Bref, la panoplie complète et inchangée du parfait négationniste depuis Türkayya Ataov et Kamuran Gürün jusqu’à Maxime Gauin (d’ailleurs je vous laisse deviner qui a écrit cette laborieuse argumentation). Mais alors, si tout est faux contrairement aux conclusions précisément mises en évidence par Taner Akçam et la communauté internationale des historiens, pourquoi une Commission ?

Mais pour dialoguer bien sûr ! Puisqu’on vous dit que M. Musa est un homme de dialogue….

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