Le Lobbying de l’Azerbaïdjan en France

La République d’Azerbaïdjan n’a pas bonne presse. Corruption, népotisme, répression féroce des dissidents et discours de haine à l’encontre des Arméniens du Karabakh et d’ailleurs constitue l’essentiel de l’image du pays qui ne trouve grâce aux yeux de l’Occident que par ses ressources énergétiques, d’ailleurs désormais plus fantasmées que réelles.

Sur Facebook, Mirvari Fataliyeva exhibe fièrement l’ordre du mérite “pour services rendus à la Patrie” dont l’Azerbaïdjan l’a gratifiée. Au moins, c’est clair…

Pour contrer cette image déplorable mais réaliste, l’Azerbaïdjan a mis en place plusieurs officines en Europe et en France : « The European Azerbaïjan Society » (TEAS), le Centre Culturel d’Azerbaïdjan à Paris et la très visible Association des Amis de l’Azerbaïdjan (AAA) dirigée par sa secrétaire générale, Mirvari Fataliyeva, qui était précédemment chargée des relations publiques à la très officielle Chambre de Commerce France Azerbaïdjan.

L’AAA regroupe des élus français, obligés de Bakou, tels que Thierry Mariani, Jean-François Mancel son Président, ou Rachida Dati pour les plus en vue d’entre eux. L’AAA avait d’ailleurs fait l’objet d’un reportage par Elise Lucet dans Cash Investigations. C’est peu de dire que le documentaire n’a pas plus à l’autocrate de Bakou qui s’est payé le luxe d’un procès heureusement perdu contre madame Lucet et son équipe.

L’Association des Amis de l’Azerbaïdjan

Quoiqu’il en soit, si l’Association des Amis reste le plus visible des outils d’influence de Bakou en France, il n’est pas le plus efficace. D’une part, il y a à la fois de fortes dissensions internes parmi les membres de ce groupe d’élus qui sont également en concurrence les uns les autres pour s’arracher les faveurs du maître de Bakou : peu de choses en commun en effet entre un Thierry Mariani qui croit défendre la balance commerciale française quitte à faire ami-ami avec Ilham Aliev, Vladimir Poutine ou Bachar el Assad, Nathalie Goulet qui gère sa petite affaire entre l’Azerbaïdjan, l’Iran et le Qatar mais qui a explicitement dénoncé la politique de haine anti-arménienne de la famille Aliev et Jean-François Mancel qui vendrait père et mère pour conserver les avantages substantiels de sa position, argent bien sûr mais aussi – selon l’ambassadeur azéri Arif Mammadov – pratiques sexuelles échangistes avec des professionnelles généreusement offertes par le régime de Bakou.

Quand Sud-Ouest rend compte des escapades bakouesques (bakounines ?) du couple Mancel avec l’ambassadeur Amirbayov et avec Mirvari, évidemment Maxime Gauin aime ça!

L’autre raison de la perte de vitesse de l’AAA est le vieillissement de ce groupe désormais essentiellement composé de « has been ». Depuis les législatives de 2017, Mancel n’a plus de mandat, Mariani non plus et Nathalie Goulet a plus ou moins pris ses distances avec le groupe. Reste bien sûr Rachida Dati mais elle non plus n’a sans doute plus l’entregent suffisant avec le changement majeur qui s’est opéré en France.

L’AAA se voit donc obligée d’approcher de nouveaux députés, de la majorité présidentielle si possible. On peut assez facilement trouver les nouveaux poulains que souhaite recruter la dictature de Bakou : la benjamine de l’Assemblée nationale Typhanie Degois, Bertrand Sorre, Pierre-Alain Raphan, Naïma Moutchou, Julien Borowczyk ou Aude Amadou, tous de La République en Marche (LREM). A l’exception de Pierre-Alain Raphan et de Julien Borowczyk qui semblent déjà bien ferrés, il est encore trop tôt pour dire si ces nouveaux députés se laisseront circonvenir par le régime de Bakou. A ce sujet, on se demande en particulier comment la brillante Naïma Moutchou – proche de la LICRA et très engagée dans la lutte contre les discriminations – va gérer sa nouvelle proximité avec le régime de Bakou singulièrement réputé en la matière. Sans doute, devra-t-elle faire preuve de de talent dans le maniement de la rhétorique du « en même temps » chère à Emmanuel Macron.

Sihem Souid contre Patricia Chapelotte

La plupart de ses nouveaux députés ont été approchés directement par l’Ambassade d’Azerbaïdjan à la fin du mandat de l’ambassadeur précédent M. Elchin Amirbayov qui était en poste jusqu’à la fin 2017. A cet effet, comme l’avait révélé La Lettre A, M. Amirbayov s’était assuré en avril 2017 les services de madame Sihem Souid, une lobbyiste franco-tunisienne. Sihem Souid était précédemment agent de police (en France) avant de dénoncer avec fracas le sexisme supposé au sein de la police française. Dès lors munie d’une petite notoriété médiatique et d’un certain carnet d’adresse – elle est notamment proche de Christiane Taubira et d’Arnaud Montebourg – madame Souid avait fondé le cabinet Edile consulting, afin de travailler, en France et en Europe, à redorer le blason de l’Azerbaïdjan mais aussi d’autres grandes démocraties comme le Qatar (La Lettre A encore).

Sihem Souid et son mari à Bakou. Ooooh la belle vie, sans souci, sans problème…

Il semble cependant que Rahman Mustafayev, le nouvel ambassadeur azerbaïdjanais en France depuis le début 2018, goûte moins aux charmes de Mme Souid que son prédécesseur et qu’il lui a préféré une autre lobbyiste. C’est à nouveau La Lettre A qui révèle que l’Ambassade d’Azerbaïdjan en France a préféré signer un contrat avec Patricia Chapelotte et sa société Albera Conseil. L’information est d’ailleurs reprise sur le site d’Albera qui n’en fait pas mystère.

Sihem Souid et la fille du dictateur de Bakou, Arzu Aliyeva

On peut être étonné d’une telle transparence de la part d’acteurs qui privilégient plutôt les théâtres d’ombre mais il faut peut-être y voir une volonté de marquer le territoire. Selon divers informateurs qui souhaitent rester anonymes, madame Souid n’aurait pas digéré son éviction par le nouveau représentant de Bakou en France et se livrerait à un lobbying forcené pour revenir en grâce. Et de multiplier les rencontres et les initiatives.

Aurelia Bouchez, une curieuse ambassadrice

Ainsi, le 17 janvier dernier, madame Souid a organisé un déjeuner au Centre culturel azerbaïdjanais de Paris avec le président et les vice-présidents du groupe d’amitié France-Azerbaïdjan à l’Assemblée nationale – Pierre-Alain Raphan (LREM), Bruno Bonnell (REM), Jérôme Lambert (NG), Naïma Moutchou (REM), Bertrand Sorre (REM), Michèle de Vaucouleurs (Modem), Michel Vialay (LR) et André Villiers (LC) – l’ambassadeur Mustafayev, le Ministre azerbaïdjanais des Affaires Etrangères Elmar Mammadyarov mais aussi ….. Aurelia Bouchez l’Ambassadrice de France en Azerbaïdjan !

17 janvier 2018 – Déjeuner au centre culturel d’Azerbaïdjan avec Pierre-Alain Raphan, le Président du G.A. France Azerbaïdjan à l’Assemblée nationale, les 7 VP du groupe et … l’ambassadrice de France Aurélia Bouchez

Ceci ne manque pas de surprendre : que des parlementaires d’un groupe d’amitié socialisent avec les représentants du pays en question, voilà une pratique normale et usuelle. Qu’un ambassadeur de France au service de l’Exécutif vienne en France participer à ces échanges, voilà qui est bien plus curieux. Il faut dire à sa décharge que madame Bouchez marche sur des œufs, convoquée par le les services de Bakou à chaque fois que la France laisse faire des initiatives qui déplaisent à l’ombrageux régime de la Caspienne. Rappelons qu’invitée à témoigner par la « Mission d’information parlementaire sur les relations politiques et économiques entre la France et l’Azerbaïdjan », madame Bouchez avait indiqué que faire usage d’une « une diplomatie publique et une diplomatie plus discrète pour obtenir des résultats précis ». On doit espérer que ces réunions de madame Bouchez en France relèvent de cette « diplomatie plus discrète » même si on frémit en pensant à ce que peuvent être ces objectifs. Mais ne voyons pas le mal partout. Après tout, il ne s’agit peut-être que « corriger l’image négative donnée par la mission d’information de l’an dernier » comme le précise très officiellement le site de l’Assemblée nationale [Note : mission d’information parlementaire qui avait jeté une lumière crue sur les pratiques corruptrices de l’Azerbaïdjan]

Emmanuel Dupuy et Didier Chaudet, deux amis sur le même créneau

A diverses reprises, l’Azerbaïdjan s’est également offert les services de deux lobbyistes bien identifiés, Emmanuel Dupuy et Didier Chaudet. Politiquement parlant, MM. Dupuy et Chaudet sont tous les deux proches de l’UDI et de la famille centriste où il est possible qu’ils aient été recrutés par Mme Goulet. Les deux personnes un temps associées semblent depuis lors voguer séparément. Certaines rumeurs font état de brouilles personnelles.

La fatale Mirvari Fataliyeva (g.) escortée de deux prétendants, Maxime Gauin et Didier Chaudet

Jusqu’en mai 2018, M .Dupuy semblait être le plus habile dans ses relations avec le régime autoritaire de Bakou, puisqu’il se contentait d’intervenir de temps en temps dans divers médias pour y chanter les louanges de l’Azerbaïdjan. M. Chaudet, pour sa part, apparaissait être allé plus loin dans la compromission dans la mesure où il n’avait pas hésité à s’afficher dans diverses manifestations de soutien à l’Azerbaïdjan, parfois en présence du parlementaire déchu et repris de justice Jean-François Mancel et du négationniste Maxime Gauin. En mai 2018 toutefois, M. Dupuy a à son tour organisé une manifestation en l’honneur du régime de Bakou, à l’occasion du centenaire de la République d’Azerbaïdjan où – au détriment de sa propre réputation – il avait également invité Maxime Gauin.

Maxime Gauin accompagné d’Emmanuel Dupuy (à droite) au débat organisé par l’IPSE à l’occasion du centenaire de l’Azerbaïdjan

Avec de tels amis, l’Azerbaïdjan a-t-il réellement besoin d’ennemis ?

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