La Turquie au bord du gouffre

Eh bien mes amis, j’espère ne pas trop vous avoir manqué. Quel périple que ce 4ème voyage en Turquie. Arrivée à Istanbul – départ rapide pour AfyonKarahisar – la citadelle noire de l’opium ! – puis Adana d’où je devais rapidement me rendre à Ankara. Mais c’était sans compter sur les évènements en cours. Au regard de la situation en Syrie, mon ami et contact local Selim K. m’a convaincu de me rendre dans le Hatay ce qui n’allait pas de soi vu que la région est tenue par les djihadistes (qui bénéficient de complicités locales). J’ai néanmoins pu recueillir sur place des témoignages assez édifiants sur l’implication turque dans les trafics des djihadistes dont le côté « guerre sainte » est certainement le moins business de tous les aspects de leurs actions. Et je peux vous dire que les barons locaux turcs de l’AKP mais aussi des autres formations s’en mettent plein les poches. Comme dans toute république bananière, le système est pyramidal et remonte jusqu’à Erdogan lui-même. Tout le monde le sait là-bas.

Emeutes à Ankara

Mais – comme dirait un humoriste connu – tout ça s’était avant le drame…. Le drame de Soma. Quand l’accident survient le 13 mai, je suis encore à Antioche d’où je prévoyais de partir le surlendemain pour Ankara. Le 14, au regard des évènements, je me précipite à la gare routière pour gagner la capitale. Trajet sans trop de problème mais atmosphère d’émeute arrivé à Ankara : combats de rues entre les étudiants de l’Université Technique du Moyen-Orient plus des membres de syndicats progressistes contre les milices pro-AKP lourdement soutenus par des paramilitaires et des loups-gris. Bon allez, je n’ai pas vu Maxime Gauin ni d’un côté, ni évidemment de l’autre. J’imaginais alors – ce que la suite infirmera – qu’il s’était retranché dans son appartement muni de sa fameuse porte blindée contre d’imaginaires menaces Dachnak-PKK-Ku Klux Klan coordonnées par le Sous-commandant Marcos. Ce type est entouré de paranoïaques qui lui en veulent tous…

Bon ! Trêve de plaisanterie, j’ai quand même recueilli pas mal d’infos sur ses financements et ses soutiens pour découvrir que ce sacré Maxime n’a plus vraiment la côte et qu’il est obligé, pour survivre, de faire la manche auprès de Bakou – c’est-à-dire des plus bêtes et bas du front du panturquisme et du négationnisme. Je ne pensais alors pas que la fin de mon périple m’en donnerait une confirmation éclatante. En tout cas personne ne prend ses « travaux » au sérieux, même en Turquie.

Sinon, à Ankara, j’ai eu tout juste le temps de vérifier deux ou trois petits points pour ma thèse – au fait, je soutiens en octobre prochain, probablement le 23 à l’ENS Lyon où ce sacré Maxime à été élève (j’ai récolté d’ailleurs quelques souvenirs hauts en couleurs de certains de ses anciens camarades) – avant de regagner Istanbul dans des conditions assez éprouvantes.

Emeutes à Istanbul

Je ne sais pas si c’était l’ambiance de guerre civile ou quoi mais les dizaines de Turcs que j’ai pu interroger sur la question reconnaissent tous – et sans problème – le génocide arménien. Erol M. par exemple avance par exemple « oui, tout le monde le sait que c’est vrai. Que notre gouvernement reconnaisse une fois pour toute et qu’on passe à autre chose ». Pour Tansu Y. « c’est une honte que nos responsables politiques corrompus et mauvais soit incapables de reconnaître ce crime qui rejaillit sur notre nation » tandis que Burat A. affirme « on doit reconnaître le génocide et restituer l’Anatolie orientale aux Arméniens : après ils se débrouilleront avec les Kurdes ». Une synthèse de ces témoignages sera présentée dans ma thèse et mise en regard des positions induites par les psychopathologies négationnistes. Je suis d’ailleurs bien content car j’ai un spécialiste des psychoses délirantes dans mon jury et je suis sûr qu’il commentera de son expertise les spécimens négationnistes sur lesquels se base mon travail de thèse.

“Forum Mondial de la Turcité” à Edirne

Bon, bref, j’arrive à Istanbul le 20 peu après Soma et à quelques jours des commémorations de Gezi. Et je peux vous dire qu’en Turquie, si les gens osent maintenant la ramener, les pratiques policières ont finalement peu changé depuis Midnight Express. Tirs tendus de lacrymos, passages à tabac –en règle – voire tortures – hystérie ultranationaliste etc… La Turquie, « tu l’aimes ou tu la quittes » et, moi, j’ai donc choisi de la quitter par la route en allant me détendre en Grèce. Et là – le 25 – j’arrive à la ville frontalière d’Andrinople lorsqu’une affiche publicitaire attire mon attention : un « forum mondial de la Turcité » (sic) consacré à « la Turquie et la diaspora arménienne : risques et opportunités ». Devant un programme aussi alléchant et qui promettait un moment de gloire du négationnisme, je me suis forcé à rester à Andrinople jusqu’au 6 juin.

Et j’ai bien eu raison ! Vous verrez ça dans mon prochain article. Allez ! Je retourne peaufiner un chapitre de ma thèse.

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