Maxime Gauin rétrogradé en 3ème division du négationnisme

gaun-caricature

Les observateurs attentifs du tristement célèbre Maxime Gauin auront remarqué un fait inhabituel de la part de ce « chercheur d’histoires » comme il se définit lui-même. Habituellement prodigue en détail sur ses faits et gestes, Maxime Gauin n’a pas commenté, ni même fait état de son récent changement d’employeur. Il a en effet discrètement quitté l’Uluslararası Stratejik Araştırmalar Kurumu (USAK – Organisation Internationale d’Etudes Stratégiques) pour un autre « think tank » négationniste, l’Avrasya İncelemeleri Merkezi (AVIM – Centre d’Etudes Eurasiennes). Si, pour les clients bien involontaires que nous sommes, la daube rance qu’il deale reste la même, il y a quand même lieu de s’interroger sur le changement de fournisseur.

Nous nous sommes donc rendus à Istanbul puis à Ankara pour comprendre ce qui se cache derrière une mutation si discrète. Les deux interlocuteurs qui nous ont renseignés, Mehmet Ö et Yasemin G. sont respectivement employés par le « bureau de coordination avec les cercles de réflexion » du Ministère des Affaires Etrangères et par l’Université Technique du Moyen-Orient (METU) à Ankara. Par crainte des représailles de la part d’un Etat classé comme autoritaire [1] par les organisations internationales, ils ont demandé à ce que leurs vraies identités restent confidentielles.

L’USAK proche des islamistes, l’AVIM proche des kémalistes

Les entretiens cordiaux et intéressants ont été recoupés avec des informations secondaires recueillies auprès d’autres interlocuteurs et notamment auprès d’employés de diverses ONG d’Istanbul, d’Ankara mais aussi d’Igdir. Ces experts nous ont indiqué des différences substantielles entre l’USAK et l’AVIM, différences qui n’apparaissent pour les observateurs lointains que nous sommes.

Pourtant, au départ les deux structures étaient presque jumelles. L’USAK a été crée en 2004 après l’échec de la sinistre Commission de Réconciliation Arméno-Turque (CRAT), une initiative diplomatique secrète, fonctionnant en toute opacité et sous l’égide du département d’Etat américain, afin d’enfermer la question du génocide arménien dans des débats marginaux hors de tout champ politique. La CRAT fut dénoncée par la partie turque elle-même après qu’une instance extérieure qu’elle avait pourtant commanditée ait reconnu pout tel le génocide arménien en février 2002. Il est assez significatif que l’USAK ait été créé, en 2004, peu après la dissolution de la CRAT, par Sedat Laçiner, un proche d’Ozdem Sanberk, ancien diplomatique turc qui avait été membre de celle-ci jusqu’en juin 2003.

L’AVIM a pour sa part été formellement créé en 2009 mais cette date tardive est un trompe-l’œil. En réalité, l’AVIM continue les activités de l’ancienne ASAM mise en place dès 1999 par Ömer Engin Lütem, un autre ancien diplomate désœuvré.

Au-delà de ces similitudes formelles, Mehmet Ö nous explique des différences invisibles de l’extérieur : « Les domaines d’intervention de l’USAK et de l’AVIM ne sont pas exactement les mêmes. L’USAK a dès le départ été conçu comme un think-tank généraliste même s’il sert évidemment nos intérêts. Les questions régionales ne constituent pas nécessairement sa priorité à la différence de l’AVIM qui se centre explicitement sur les anciennes provinces de l’Empire ottoman et en particulier sur le Caucase et les Balkans avec une approche plus strictement géopolitique et moins globale ».

M. Gauin a reçu la bénédiction kémaliste

M. Gauin a reçu la bénédiction kémaliste

Mais ce n’est pas la seule différence et des facteurs politiques interviennent. Mehmet Ö continue : « l’USAK et l’AVIM partagent au départ la même origine, celle des élites kémalistes mais l’USAK a su s’accommoder au nouveau pouvoir de l’AKP à la différence de l’AVIM qui est restée dans la stricte plus orthodoxie kémaliste. L’USAK a par exemple reçu à plusieurs reprises le Premier ministre Erdogan ou le Président Gül. L’AVIM jamais ».

L’USAK trop élitiste pour Maxime Gauin ?

Notre interlocuteur poursuit en affirmant que cela n’a pas été sans conséquences. « Lorsque l’argent a afflué à l’USAK après sa soumission, le niveau s’y est élevé et beaucoup de talents ont quitté l’AVIM en perte de vitesse pour l’USAK. ».

A la question de savoir pourquoi Maxime Gauin a effectué le mouvement contraire, notre interlocuteur répond par des sourires gênés et des périphrases. « Vous savez, tous le monde ne peut pas être à l’USAK. Les dirigeants de l’Organisation avaient fondé de grand espoir sur la personne dont vous parlez. Il s’agissait d’en faire une sorte de Stanford Shaw francophone. Mais après trois années passées à l’USAK, ils ont su tirer le bilan ».

Et le bilan est effectivement édifiant. Les trois ans passés à l’USAK n’auront été sanctionné que par une publication, encore s’agit-il d’une réponse à un autre article et cette publication n’aura été citée qu’une fois. Maxime Gauin jouit actuellement d’un facteur H de … 1, celle d’un étudiant en maîtrise (c’est toujours mieux que le 0 dont il était encore récemment crédité). L’homme aux 40 followers devrait moins twitter et plus s’occuper de sa thèse, une « thèse » dont on n’entend d’ailleurs plus parler.

Les dégâts de l’affaire Fragnoli

Mais il y a peut-être une autre explication qu’omet de nous fournir Mehmet Ö. C’est Yasemin G. qui l’avance. Yasemin est employée au METU et a eu à traiter certains des aspects administratifs de la convention entre l’Université et l’USAK au sujet du thésard Maxime Gauin.

Elle témoigne de l’impact des révélations faites par le journaliste Maxime Azadi a propos de la relation entre Maxime Gauin et le juge français Thierry Fragnoli. « Ce courrier du juge français à Maxime Gauin et plus encore le fait que Maxime Gauin ait explicitement reconnu les relations alléguées [note extremisme : sur la page même de l’article de Maxime Azadi] sont de faits qui ont très certainement contribué à sceller son sort » nous affirme-t-elle péremptoirement.

Interrogée avec plus d’insistance, elle explique que « quand l’AKP a pris les rênes de l’USAK, le middle-management de l’organisation a entièrement été renouvelé avec des Turcs noirs ». Par « Turcs noirs », il faut comprendre les ressortissants d’Anatolie, représentants d’une nouvelle bourgeoisie d’affaires économiquement plus libéraux et moins étatistes que les kémalistes mais socialement plus conservateurs (pour ne pas dire rétrogrades) et peu introduits le monde globalisé.

Yasemin Ö continue : « les Turcs noirs ont été très effrayés par les liens allégués de Maxime Gauin avec des services officiels français ou israéliens. Cela leur a déplu car ils ne comprennent rien aux relations internationales contrairement à leurs prédécesseurs kémalistes. Et quand il on cherché à creuser la nature de la relation « strictement personnelle » que Maxime Gauin a reconnu avoir avec le juge Fragnoli, ils ont eu peur d’y trouver une relation haram. Il est responsable de sa propre perte car, s’il ne s’est pas vanté, alors il est vrai qu’il est bien introduit auprès du juge » nous glisse-t-elle dans un demi-sourire.

Yasemin se souvient d’un courrier qu’elle a eu à traiter et qui se fondait explicitement sur les versets 80 et 81 de la 7ème sourate du Coran (7 : 80-81). « Tout cette affaire est ridicule » conclut-elle « mais ça explique sans doute pourquoi il est parti à l’AVIM plus tolérante sur ces questions de mœurs.».

D’une manière générale, les kémalistes sont effectivement bien plus évolués et compréhensifs en la matière. Et comment pourrait-il en être autrement ? C’est Yasemin qui nous le rappelle en mot de la fin « vous savez, Atatürk [2] lui-même en était… ».


[1] La Turquie est désormais classé 154ème en matière de liberté d’opinion et d’expression loin derrière la Russie mais prêt de l’Irak et de l’Azerbaïdjan.

[2] Au demeurant, la présence marquée d’homosexuels au sein de certains courants esthétisants de l’extrême-droite demanderait à être documentée de manière plus approfondie. Que l’on songe par exemple à l’arménophobe Pierre Loti qui se repaissait d’orphelins grecs et arméniens dont les parents avait été massacrés avec sa bénédiction ou, plus près de nous, à Abel Bonnard – la fameuse Gestapette ministre du régime de Vichy et éditorialiste du journal antisémite Je suis partout– réfugié à Sigmaringen lors de la débâcle des nazis.

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