La fuite du cerveau

Kortex

C’est vraiment lamentable : à l’heure où notre compétitivité nationale fait débat, nous laissons les meilleurs d’entre nous enrichir les compétences de pays étrangers….les meilleurs, les plus instruits et les plus diplômés.

Dernière nouvelle venant illustrer cette cruelle réalité, la dépêche de presse de l’association turco-américaine des Etats-Unis (ATAA) – reprise par toute la presse mondiale – annonçant le décollage stratosphérique de la carrière de Maxime Gauin – désormais en goguette au pays de l’Oncle Sam aux frais de celui d’Atatürk. La fuite des cerveaux en quelque sorte ; enfin, des cerveaux, n’exagérons rien. M. Gauin a quand même lamentablement échoué à l’agrégation pour se rabattre à un âge somme toute avancé sur un modeste master en histoire comme il l’a récemment confessé. N’est pas non plus Fernand Braudel qui veut !

Non ! Finalement, l’exfiltration turque de M. Gauin, ce serait plutôt la fuite du cerveau ; le cerveau de la bande négationniste (les autres en sont essentiellement dépourvu) qui aurait bien fini par écoper en France de quelque condamnation pour incitation à la haine raciale. Mais, stop, arrêtons de déverser notre fiel – sans doute inspiré de quelque jalousie maladive – pour examiner ce que nous apprend le communiqué de l’ATAA …turc (jeu de mots !).

En Août, l’ATAA a accueilli Maxime Gauin, le jeune universitaire français spécialiste des questions arméniennes

M. Gauin était à Washington DC pour effectuer des recherches aux archives nationales et à la bibliothèque du Congrès sur les documents de Morgenthau et de Bristol. M. Gauin a rencontré plusieurs officiels de l’ambassade y compris son premier secrétaire Timur Soylemez. M. Gauin a aussi visité New York où il fut hébergé par la représentante de l’ATAA Esra Ugurlu. M. Gauin est actuellement à Ankara où il termine un mémoire de thèse à l’Université technique du Proche-Orient (METU).

Passons rapidement sur les hallucinations de l’ATAA – le cerveau, Kortex pour les intimes, est aussi spécialiste des questions arméniennes que moi de biologie moléculaire – pour nous rengorger avec fierté de cette réussite nationale qu’est Maxime Gauin, au même titre qu’Ariane, le TGV, BHL et les avions renifleurs.

C’est vrai quoi ! Qui n’a pas connu ces misérables thésards, criant famine, à la recherche de quelque bourse improbable et destinés pour longtemps – pour toujours peut-être – à compulser une littérature ingrate dans l’obscurité de salles poussiéreuses sentant le vieux chou ? Ces créatures chétives et blafardes – prématurément vieillies – dont les activités quasi-monacales n’ont que renforcé une constitution naturellement maladives. Ces êtres dont le regard velléitaire dit toutes les passions inassouvies, toutes les promesses brisées, tout ce qu’ils auraient voulu être, tout ce qu’ils auraient pu peut-être….

Aussi devons-nous nous faire un devoir de nous réjouir quand la Science est reconnue à sa juste valeur, lorsqu’elle est rétribuée à son juste prix, lorsqu’elle est enfin placée sous les feux de la rampe et lorsqu’un homme – un vrai – s’affirme ave vigueur et s’impose ainsi à la face du monde, tout autant qu’il impose le mensonge en forme de vérité.

Et quelle meilleure reconnaissance, quel signe plus éclatant de la valeur des travaux de M. Gauin peut-on exiger que celui par lequel il reçoit les honneurs d’un Etat – fut-il étranger, fut-il négationniste ? Bien sûr, on entend déjà les mauvaises langues glapir « liberté pour l’Histoire, liberté, liberté ! » Mais ce serait faire-là un bien mauvais procès à M. Gauin. Peut-on réellement l’accuser – lui qui n’eut pas de mots assez durs envers une France soupçonner de vouloir asséner une vérité officielle sur le génocide arménien –  de faire allégeance à Ankara. Mais que nenni ! Et d’ailleurs, comme il l’a lui-même récemment écrit sur un blog « la mentalité dominante en France est de plus en plus hostile aux lois et propositions de loi communautaristes et liberticides ». Et c’est sans doute imprégné de, et mû par cet esprit français que M. Gauin est allé porter le glaive de la liberté d’expression en Turquie, un pays qui –  sans doute par étourderie – oblige obstinément ses citoyens à nier le génocide arménien sous peine de poursuites pénales ; Car nul ne saurait légitimement imaginer que ce soit par esprit bassement vénal que Kortex acceptât d’être grassement payé par l’USAK/ISRO, la structure à la botte du gouvernement turc dont il se targue d’être membre.

Au demeurant, ce serait vraiment méconnaître l’amour de la science, la philanthropie désintéressée de la république de Turquie que de nourrir des soupçons liberticides à son égard. D’ailleurs, je me permets ici d’enjoindre n’importe quel thésard dans le monde – œuvrant à l’avancement de la physique quantique, de la littérature comparée ou du paléomagnétisme – à vérifier par lui-même la grandeur de la Turquie en requérant de son ambassade américaine un billet Ankara-New York assortie d’entretiens avec l’ambassadeur et avec les lobbies turcs locaux afin de recueillir les vues les plus pénétrantes de ceux-ci sur ces sujets de première importance, ainsi que leurs instructions les plus impératives en la matière.

Non, vraiment, seul un esprit passablement dérangé pourrait croire que M. Gauin soit devenu un pion – ou plutôt un fou – dans le dispositif négationniste mis en place par la Turquie pour retarder l’avènement de la justice et de la vérité. Seule une personne peu au fait de la réalité pourrait penser que celui qui échoua à devenir un hussard de la République française tentât par dépit de se faire janissaire et bachi-bouzouk de la République turque.

Non et re-non ! Maxime Gauin n’est pas un soldat perdu, un mercenaire cervantesque s’en prenant aux infâmes Arméniens comme d’autres luttèrent contre les moulins à vent. Bien au contraire, c’est un fier et noble hidalgo dont on sait maintenant qu’il soutiendra en Turquie une thèse en septembre 2013 ; Que celle-ci nous livrera certainement une lecture absolument inouïe, ébouriffante – invraisemblable diront les mauvaises langues – des mémoires de l’ambassadeur Morgenthau, grand témoin du génocide arménien, en se fondant sur celle de l’amiral Bristol, grand collabo de l’Etat turc naissant.

Aussi ne vous caché-je pas mon impatience de lire enfin ce qui s’annonce déjà comme un monument littéraire autant qu’une révolution épistémologique, véritable transposition au génocide arménien de ce que fut la révolution copernicienne en astronomie, portée au pinacle par une novlangue négationniste propre à bouleverser la littérature européenne comme le fit naguère Don Quichotte. Et c’est avec une humble appréhension mêlée de joie impatiente que je me permets ici de supplier Il Maestro afin qu’il daigne continuer de nous informer de ses prodigieuses tribulations et de ses non moins sensationnelles révélations.

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