Maxime Gauin, un historien méconnu

Maxime Gauin, le Danube du négationnisme

La mythomanie est un symptôme que présentent fréquemment les négationnistes. C’est un trait de caractère qu’ils partagent avec les grands criminels à l’entreprise desquels ils entendent concourir. On se souvient que Joseph Goebbels insistait pour que son nom soit systématiquement précédé du titre de « Docteur », que le tristement célèbre Idi Amin Dada s’était affublé des grades de Maréchal Président, que Bokassa s’était couronné Empereur et que le Conducator Ceausescu affectait les titres burlesques de « génie des Carpates » et de « Danube de la Pensée ». Par miséricorde, on n’évoquera pas Kim-Il-Sung ou Kom-Jong-Il.

Dans le registre négationniste, on rencontre souvent des comportements similaires, soit que les négationnistes usurpent purement et simplement leurs titres universitaires, soit qu’ils les étendent à des domaines de compétence qui sont loin d’être les leurs, tel le professeur de Lettres Robert Faurisson soudainement promu historien.

Dans le même genre, l’historien-chercheur-journaliste Maxime Gauin – chantre français de la négation du génocide arménien – manque rarement une occasion de mettre en avant ses titres de noblesse, le caractère « scientifique » et « historique » de sa prolifique production ainsi que les innombrables publications qui attesteraient de son sérieux. Nous avons donc cherché à vérifier l’importance de la littérature en question et la qualité de sa réception dans les milieux universitaires, ce qui n’a pas été facile étant donnée la discrétion qui honore Maxime Gauin en la matière.

Heureusement, aux détours de rares commentaires, nous avons pu glaner quelques indications délivrées par le maître lui-même. Celui-ci indique ainsi sur Facebook qu’on peut se procurer la substantifique moelle de sa pensée dans divers articles du Journal of Turkish Weekly, dans la International Review of Turkish Studies et dans la Review of International Law and Politics. Au passage, il nous livre des éléments sur son parcours et sa formation.

Une absence de cinq ans

On y apprend ainsi que M. Gauin, qui a eu son bac à 17 ans, a ensuite fait les classes préparatoires littéraires au Lycée Camille-Jullian, qu’il a peut-être échoué aux divers concours d’entrée que propose cette formation puisqu’on le retrouve à l’Université de Bordeaux III pour obtenir une licence en histoire à 20 ans. Un an après, il décroche sa première année de Master en histoire contemporaine à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon (diplôme délivré par l’université de Lyon 2) avant d’obtenir à 26 ans son Master 2 de la prestigieuse université de la Sorbonne. Jusqu’à rien qui n’ait à voir avec le négationnisme puisque le mémoire qu’il présentera sous la direction de Michel Pigenet, directeur du Centre d’Histoire Social, concernait le syndicalisme agricole [1].

Qu’est-il alors arrivé au bon élève Maxime Gauin ? Pourquoi a-t-il disparu de la circulation pendant 5 ans ? Qu’entend-il exactement lorsqu’il allègue de « problèmes de santé » ? Nul ne le sait mais peut-être s’agissait-il de santé mentale puisque les premiers écrits négationnistes de l’étudiant en histoire débutent précisément entre 2007 et 2008, soit sous son nom propre, soit sous divers pseudonymes.

Toujours est-il qu’en 2011, on retrouve Maxime Gauin comme doctorant au département d’histoire de l’Université Technique du Moyen-Orient (METU) d’Ankara et conjointement « chercheur » à l’Organisation Internationale de Recherche Stratégique. Examinons quelque peu ces institutions aux mœurs délicieusement orientales

Une recherche particulière

Le site Internet du département d’histoire de l’Université Technique du Moyen-Orient est assez instructif. Il présente notamment une pittoresque spécialité locale : il est pourvu d’« instructeurs des principes d’Atatürk » (sic). Autrement dit, la recherche doit y être sérieusement encadrée par de zélés commissaires politiques qui veillent certainement à l’orthodoxie kémaliste des travaux qui y sont effectués. Pas de risque particulier donc pour M. Gauin qui est en la matière d’une fiabilité à toute épreuve.

Le Département d’Histoire est dirigé par Mme le professeur Seçil Karal Akgün avec des chercheurs aussi reconnus que Mustafa Soykut, Recep Boztemur, Ömer Turan, Ferdan Ergut ou des maîtres de conférences tels que Birten Çelik, Selçuk Dursun etc…. Grâce à un petit outil très utilisé dans les milieux universitaires et joliment dénommé Publish or Perish, nous avons pu estimer la réputation scientifique des différents membres de cette fine équipe. Publish or Perish mesure le nombre de publications d’une personne dans des revues scientifiques à comité de lecture – autrement dit les revues sérieuses – et en extrapole l’indice H (ou l’indice G) de la personne en question. Tout imparfait qu’il soit, l’indice H constitue une estimation de la production scientifique d’un chercheur et de sa réputation auprès de ses pairs. En sciences dures, on s’attend à trouver un indice H à peu près équivalent à la durée de la carrière du chercheur considéré ; en sciences humaines, plutôt moins.

Une production confidentielle

A titre d’exemple, Michel Pigenet, cité ci-avant, est donné pour un honorable indice H de 5. Le professeur Yves Ternon, spécialiste des génocides et bête noire de Maxime Gauin atteint un indice H déjà conséquent de 13 (78 publications, 520 citations). Quant à Vahakn Dadrian, grand spécialiste du génocide arménien, il culmine à un indice H de 15 avec 108 publications citées près de 1000 fois. Nous avons passé à ce crible l’ensemble du personnel déclaré du Département d’Histoire de l’Université Technique du Moyen-Orient. Le chercheur obtenant le meilleur score est Ömer Turan qui, avec une trentaine de publications citées 73 fois, atteint un indice H de 4. A noter que la spécialité de M. Turan semble être celle des Turcs de Bulgarie et l’histoire ottomane de ce pays, ce qui le distingue de la plupart de ses collègues à la production négationniste. Nous tairons donc par pudeur les scores des autres chercheurs de l’équipe si ce n’est pour souligner celui de la directrice qui correspond selon les critères internationaux à celui d’un étudiant en début de thèse.

Mais gardons le meilleur – ou le pire ? –  pour la fin. Selon Publish or Perish, Maxime Gauin lui-même possède une seule publication référencée, citée zéro fois ce qui lui confère un indice H de… 0. Mais alors, toutes ces publications alléguées, pourquoi ne sont-elles pas prises en compte ? Et bien il semblerait que Publish or Perish – sans nul doute un logiciel turcophobe aux mains du lobby arménien – ne tienne pas en haute estime les revues dans lesquels M. Gauin à choisi de publier. Le Journal of Turkish Weekly apparaît ainsi avec un indice H de 3, la Review of International Law and Politics parvient poussivement à un indice H de 1 quant a la International Review of Turkish Studies, il ne décolle pas de 0, pas plus que le Journal of Armenian Studies de M. Gauin qu’il ne faut pas confondre avec le très sérieux journal du même nom publié par la National Association of Armenian Studies and Research ! A titre de comparaison des revues d’Histoire reconnues comme Past & Present ou Review of Contemporary History font littéralement sauter Publish or Perish (ainsi que le moteur Google Scholar dont il ne constitue que l’interface) qui ne peut afficher qu’un maximum de 1000 articles cités. En ne remontant pas avant l’an 2000, Past & Present affiche presque 500 publications citées près de 4000 fois tandis que le Journal of Contemporary History affiche presque 900 articles cités plus de 2000 fois.

La faute à pas-de-chance

Il faut dire aussi que Maxime Gauin est desservi par ses choix éditoriaux, et même par ses choix tout court. Le Journal of Turkish Weekly ainsi que la très confidentielle Review of International Law and Politics ne sont des publications scientifiques mais des créations de la pompeusement nommée Organisation Internationale de Recherche Stratégique, qui emploie justement M. Gauin. Or l’ISRO – ou l’USAK en turc – n’est rien d’autre qu’un think tank nationaliste dirigé par l’impayable Sedat Laçiner, lui-même bien connu dans les milieux négationnistes. Sedat Laçiner semble d’ailleurs peu impressionner Publish or Perish qui ne lui confère qu’un indice H de 5 en dépit de ses 90 publications.

Quant à l’autre revue de choix de M. Gauin, le célébrissime Journal of Armenian Studies, il s’agit d’une création du Centre des Etudes Eurasienne, un autre lobby directement dirigé par l’Etat turc à travers son homme-lige, l’ambassadeur à la retraite Ömer Engin Lütem qui, avec 8 articles cité 8 fois (sans doute par Sedat Laçiner et réciproquement) – obtient un remarquable indice H de 2. Enfin, l’impérissable International Review of Turkish Studies – autre création négationniste, faut-il le préciser – est éditée par M. Armand Sag qui a été épinglé pour falsification de propos de tiers sur son blog, ce qui en dit long sur son éthique personnelle et sur sa crédibilité.

En outre Maxime Gauin est fort mal servi par ses capacités. A la différence des historiens qu’il récuse – comme Ara Sarafian, Vahakn Dadrian ou Raymond Kevorkian, il ne maîtrise ni le turc moderne, ni l’osmanli, ni l’arménien, ni le russe, langues dans laquelle sont écrits la plupart des documents originaux relatifs au génocide arménien, le sujet dont il prétend être expert. Dans ces conditions, on comprend qu’il éprouve quelque difficulté à produire un quelconque travail intéressant ou même simplement original dans la mesure où ses pénétrantes analyses ne sont généralement que des commentaires de traductions anglaises.

Dans le meilleur des cas, on pourrait néanmoins espérer que ces commentaires soient éclairés. Las, ils sont plutôt éclairants sur les aptitudes à la recherche scientifique de M. Gauin. Comme le souligne le jugement rendu dans un procès mené par le même Maxime Gauin – une personne par ailleurs volontiers procédurière – « le Tribunal relève le caractère injuste et fautif, notamment de la part d’un étudiant en histoire qui devrait éviter l’amalgame entre un parti, ici le FRA, ses membres locaux et le rapprochement sans nuance ni contextualisation avec “le terrorisme élevé au rang de pratique sacro-sainte”. »

Au regard de ces éléments, il semble donc que M. Gauin prendrait une sage décision en revenant à ses premières amours envers le syndicalisme agricole, où il pourra fonder ses analyses sur une abondante littérature francophone, voire en choisissant de se réorienter vers des activités professionnelles plus en adéquation avec ses facultés réelles.

Annexe : Les publications de M. Gauin

A la réflexion, j’ai supprimé cette annexe. On peut voir dans cette décision le choix de ne pas faire de publicité à une littérature négationnisme. On peut aussi y voir un geste de miséricorde.

Advertisements

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s