“Turquie-news menace la politique de communication de la Turquie”

Les remous causés par la mise en cause de Maxime Gauin comme agent français nous ont conduits à interroger un spécialiste du renseignement. Le capitaine Alain [le nom a été modifié] a analysé une semaine durant les publications de M. Gauin et de Turquie-News.  Un point de vue éclairant.

Ghislain Noyer : M. Alain, pouvez-vous nous donner quelques informations sur votre parcours ?

Capitaine Alain : Mon parcours familial fait que je maîtrise deux langues rares. C’est donc naturellement qu’après ma formation en sciences économiques, j’ai été approché par nos services par lesquels j’ai finalement été embauché. J’ai passé quelques années dans divers pays orientaux sous couvert d’import-export avant de devenir officier de liaison pendant une dizaine d’années. J’ai quitté les services en 2009.

G.N. : Avez-vous opéré en Turquie ou dans des zones proches ?

C.A. : Non, jamais. J’opérais plus à l’Est que ce soit dans mes premières années de service actif ou plus tard, lorsque je coordonnais une dizaine d’agents et quelques correspondants.

G.N. : Le rapport dont fait état « Le Point » et qu’on trouve sur le Net mentionne précisément un honorable correspondant. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette fonction ?

C.A. : il ne s’agit pas à proprement parler d’une fonction. Il s’agit de personnes externes à nos services qui peuvent s’avérer des sources précieuses d’informations par les positions professionnelles ou sociales qu’elles occupent dans des pays tiers. Certains travaillent avec nous en connaissance de cause – par conviction ou par patriotisme – d’autres à leur insu.

G.N. : comment cela ?

C.A. : vous savez, il suffit parfois de tisser des liens d’amitié pour que des gens vous parlent naturellement de leurs contacts, de leurs activités et de celles des gens qui les entourent. Ils n’ont pas nécessairement l’impression de fournir des informations secrètes – elles ne le sont d’ailleurs généralement pas – mais ils nous font gagner un temps précieux dans la collecte d’informations et sans prise de risque.

Un échange sur Facebook où Maxime Gauin révèle sa propension à l’espionnite et ses problèmes de santé

G.N. : pensez-vous que Maxime Gauin ait pu tenir le rôle d’honorable correspondant ?

C.A. : d’après ce que j’ai vu, c’est peu probable, le personnage est trop exposé et par ailleurs, il semble être fantasque et instable. Ceci dit, il n’est pas impossible qu’il croit en être. Nos services sont littéralement assaillis de demandes de personnes qui aimeraient jouer aux James Bond. C’est sans doute le cas de cette personne qui semble s’adonner à l’espionnite comme l’attestent les traces qu’il laisse sur Facebook.

G.N. : pourquoi pensez-vous qu’il est trop exposé et instable ?

Max la Menace

C.A. : L’absence de vagues est un des critères de choix des correspondants. Un correspondant, ce n’est pas quelqu’un qui a des activités politiques visibles, qui intervient à tout propos sur Internet et qui est la source ou l’objet de polémiques permanentes. A ce que j’ai vu, cette personne, c’est un peu Max la Menace : intimidations, harcèlement, controverses, diffamations et propos outranciers…. Dans le monde du renseignement, on évite les sémaphores.

En outre, s’il apparaît généralement comme défenseurs de la Turquie, notamment sur la question arménienne sur laquelle il semble faire une fixation, il se met en scène comme dissident arménien ou kurde sur certains sites internet. Ce peut être une stratégie mais, généralement, nos profileurs considèrent que derrière ces comportements se cachent des pathologies lourdes.

G.N. : Quel est selon vous l’impact de Maxime Gauin et de son site Turquie-News ?

C.A. : Il y a très peu d’intervenants sur Turquie-News et une analyse sémantique rapide montre que la plupart des « auteurs » sont des pseudonymes d’une seule et même personne. C’est d’ailleurs le cas des sites affiliés comme Civic, armeniens.net, armenologie, etc…. Pour revenir au navire-amiral de cette flotte – Turquie-news – je considère que son impact est désastreux pour la Turquie : non contents de renvoyer une image agressive et communautariste, ces sites ont une audience quasiment nulle mais occupent néanmoins le devant de la scène des sites turcophiles francophones. Autrement dit, le grand public les ignore mais ceux qui cherchent des informations sur la Turquie tombent sur ces sites obsessifs qui agissent comme autant de repoussoirs. C’est une vraie menace pour la politique de communication de la Turquie. Si j’étais à la place des autorités turques, je m’arrangerais pour qu’ils cessent leur activité. D’ailleurs, le groupe Facebook de Turquie-News est tout à fait révélateur de son impact réel : 403 membres dont 90% ont été inscrits par le webmaster – c’est-à-dire de manière passive. Ces « membres » n’interviennent quasiment jamais et ceux qui interviennent se comptent sur les doigts de deux mains. Si on enlève les pseudos, c’est sur les doigts d’une main. Quant à la page Facebook, elle a une quinzaine de « like » par jour ce qui correspond aux cinq adeptes précités multiplié par les trois liens quotidiens qui y sont publiés. Autrement dit, le groupe fonctionne sur un modèle sectaire et son impact – quand il n’est pas nul – est désastreux.

G.N. : Mais alors, pourquoi et comment ces quelques personnes poursuivent-ils l’entreprise ?

C.A. : Parce qu’ils ne peuvent pas s’en empêcher. C’est leur côté pathologique et obsessionnel qui les pilote. D’ailleurs, on retrouve ce schéma sur d’autres causes : j’ai eu affaire à diverses mouvances extrémistes de plusieurs Etats orientaux et le même type de sites avec les mêmes comportements existaient également. L’argent et le temps requis ne comptent alors plus pour rien ; les objectifs réels ou réalistes non plus.

G.N. : De manière plus générale, que pensez-vous de ce rapport révélé par le Point. Est-il crédible ?

C.A. : Ce document n’est pas authentique, non parce qu’il a fuité mais parce que le formalisme employé n’est pas celui de nos services. Ceci dit, les éléments qu’il contient montrent que la ou les personnes qui l’ont écrit suivent de près les milieux concernés et, en ce sens, le document est crédible. A la lumière de ce que je vous ai dit précédemment, l’auteur peut être la personne qui est y désigné comme honorable correspondant. Le fait que ce rapport soit hostile à la cause turque n’est pas nécessairement contradictoire au regard du profil pathologique que nous avons déjà évoqué. Cela traduit sans doute inconsciemment le mélange d’attirance et de répulsion que ressent cette personne à l’égard de ceux qu’il désigne comme ses adversaires ainsi que ses fantasmes d’espions. La confusion mentale qui s’en dégage correspond assez bien à celle qui caractérise les personnes qui écrivent sur Turquie-news.

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